Entretien avec Alexandra Pommier

Le second ouvrage publié par Les Éditions Paysages sera signé Alexandra Pommier et Cédric Abt.alexandrapommier

Bonjour Alexandra !

Quelle est la place de l’écriture dans ton quotidien ?

Cela dépend des quotidiens ! Ces derniers temps, prise par mes études, l’écriture s’était réduite à une part de moi-même en puissance, non exprimée mais jamais oubliée, qui ressurgissait parfois le temps de vacances. Néanmoins, j’espère pouvoir m’y replonger tout mon saoul dès l’année prochaine. Même lorsque je n’écris pas, l’envie d’écrire reste là, en sommeil…

J’ai un rapport différent à la poésie et à la prose. Pour moi, un poème naît d’un instant, d’une impression, d’une occasion que j’ai envie de traduire. Quelques mots viennent ou une image et je cherche à les imprimer le plus justement possible sur le papier. Je pense qu’il me serait très difficile, pour ne pas dire impossible, d’écrire un poème sous contrainte. Par contre, quand j’ai une idée de nouvelle ou de roman, je cherche à m’organiser : le travail de recherche et de scénario constitue une part importante de l’entreprise et me procure presque autant de plaisir et de satisfaction que l’écriture elle-même.

Comment est né ton goût pour la langue française ? Et les langues anciennes ?

J’ai toujours aimé lire, aussi loin que je me souvienne. Dès que j’ai appris, je me suis mis à dévorer la littérature jeunesse, des romans de fantasy puis rapidement, en parallèle, la littérature classique. A force de lire, cela m’a donné envie d’écrire à mon tour ; les mots me fascinent, que je les déchiffre ou que je les manie.  Je ne pourrais remonter précisément au point de départ de cette passion, cela s’est fait naturellement, petit à petit, jusqu’à devenir indissociable de ma personnalité. Aujourd’hui encore, il est très rare que je n’aie pas un livre en cours (à lire ou à écrire ?) et je me sens démunie quand ce n’est pas le cas.

Pour les langues anciennes, je pense que c’est d’abord une question de curiosité. J’ai commencé le Latin en 5e avec l’impression d’apprendre à déchiffrer une forme de code secret et ça m’a donné envie de continuer. Le Grec m’attirait par son alphabet et je me suis prise au jeu ensuite. C’est en classe préparatoire que j’ai véritablement découvert la littérature dont ces années de grammaire me donnaient la clef de déchiffrement. Je rêve de pouvoir un jour lire –et non plus traduire− dans le texte les auteurs antiques. Mon attrait pour ces langues tient aussi au fait qu’elles sont au fondement de notre civilisation et de notre langue et que, dans leur menace de disparition, c’est la clef du mystère et de la magie de notre propre langage qui est en jeu.

Attends-tu quelque chose de particulier d’un livre que tu ouvres ?

J’ai toujours considéré le livre que je lis comme un univers parallèle, un quotidien parallèle. Le temps d’une lecture, je suis à la fois là et dans l’histoire, de manière parfois très prenante. Ce dépaysement mis à part (mais il ne m’est généralement pas très difficile de l’obtenir), je n’ai pas d’attente bien définie. A force de fréquenter les auteurs du « panthéon » classique dans mes études, mes exigences de style se sont un peu durcies. J’attends d’un livre qu’il soit assez bien écrit pour ne pas m’éjecter de l’histoire et j’apprécie de plus en plus le travail stylistique de l’auteur, même si je préfère ne pas trop adopter un regard « technique » lorsque je lis pour le plaisir.

Je lis très peu de poésie en recueil. J’ai du mal à enchaîner trop de poèmes à la suite et je préfère généralement entendre un poème que de le lire.

Merci Alexandra !

 

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Entretien avec Jérôme Gallet

Bonjour Jérôme,

Comment as-tu rencontré la peinture ?

J’ai reçu au départ un enseignement classique avec l’apprentissage du dessin comme base de mon travail, j’allais beaucoup au Louvre regarder, à travers les siècles, les grands peintres occidentaux, avec un goût peut-être plus prononcé pour une peinture intimiste. J’ai toujours trouvé plus touchant un autoportrait de Rembrandt ou une nature morte de Chardin qu’une œuvre monumentale de Rubens par exemple, même si je suis aussi intéressé par ce formidable savoir-faire.

Une formation classique donc, dirons-nous, ainsi qu’un enseignement basé sur l’observation. Une phrase de mon professeur qui m’a énormément marqué : « Quoi qu’il arrive, vous ne ferez jamais mieux que le réel » …

Qu’est-ce qui t’inspire artistiquement parlant ?

J’ai un goût prononcé pour les grands espaces, particulièrement la mer, mais aussi le ciel, que je ne peux voir habituellement qu’au-dessus des immeubles de mon quartier de Seine Saint-Denis. Ma peinture traduit cette quête d’espace, d’infini, au milieu de la réalité quotidienne. Je puise mon inspiration dans les lieux où je vis, où je passe…

Cette quête se traduit aussi par des portraits et scènes de la vie quotidienne. J’observe les personnes qui me sont proches, particulièrement mes filles et mon épouse. A les peindre en mouvement, j’éprouve le sentiment de l’inépuisable, d’une nouveauté qui se renouvelle constamment, saisissable uniquement par bribes. Je sens le besoin de poser cela sur la toile, à la recherche d’une sorte d’intemporalité, comme un souvenir de ce qu’elles ont été dans mon regard.

Comment travailles-tu ?

Le besoin de mémoire est dès le départ à l’origine de mon travail, m’étant mis à peindre de manière subite et irrépressible quelques jours après la perte de ma mère, lorsque j’avais 18 ans.

Cela commença par des portraits de personnes qui m’entouraient, puis mon travail traversa de nombreuses évolutions nécessaires, en restant toujours attaché à la représentation du réel observable, même s’il m’est arrivé de peindre de l’abstrait plus sporadiquement.

Suivirent de nombreuses années de formation, pendant lesquelles je peignais directement d’après la réalité, dans mon atelier, en installant des objets, d’après des modèles, ou encore en me déplaçant avec ma boîte de peinture devant les paysages que je recherchais de manière intuitive.

Je suis passé dans les années 2000 à une peinture d’après photo, qui m’a demandé une remise en question importante mais m’a permis de nouveaux sujets qu’il aurait été impossible de traiter à mon ancienne manière. Des scènes en mouvement, des instants fugitifs ou simplement des lieux où je n’aurais pu peindre directement.

Mon travail actuel a donc principalement lieu à l’atelier, j’y explore à partir d’un support photo les possibilités infinies de la peinture à l’huile, me détachant souvent du modèle pour laisser le médium me surprendre et révéler une réalité nouvelle, sorte de vision qui s’élabore dans un processus de création dont je n’ai qu’une petite idée au départ, ce qui explique que je ne parvienne pas à reproduire le même genre de tableau plusieurs fois…

Merci Jérôme !

Entretien avec Flora Delalande

floradelalandeBonjour Flora,

Comment aimes-tu regarder le monde ?
Bonne question ! Avant, je ne regardais pas le monde : j’évoluais dedans sans vraiment avoir conscience qu’il existait. Je crois que c’est la poésie qui m’a appris à regarder avec un regard neuf. Christian Bobin dit que le bruit de la pluie sur une vitre n’est rien d’autre que celui des applaudissements des anges, là-haut, dans le ciel. J’aime ces petits riens qui peuvent devenir des merveilles par la simple imagination. Tout est une question d’orientation du regard. Et puis… même si on laisse de côté l’imagination… c’est tout de même incroyable le monde, non ? Comment un brin d’herbe pousse, comment tant de couleurs peuvent exister, comment les êtres vivants grandissent, meurent, se reproduisent… C’est à la fois tellement complexe et tellement simple !

Qu’est-ce qui fait écho en toi ?
Oooh… beaucoup de choses ! Des paysages, des ambiances, une phrase dans un livre, une musique, un regard, ce que je vis, les gens que je rencontre, ce qu’ils me disent… J’ai remarqué que mon écriture était très influencée par le contexte dans lequel je me trouvais. Quand je vivais à la campagne, ma poésie était très contemplative, solitaire et imprégnée par la nature. Vivre en ville m’a fait développer des thèmes urbains, m’adresser aux arbres comme à des compagnons perdus. J’ai l’impression que, plus le temps passe et plus ma sensibilité s’ouvre, plus l’écho résonne…

Comment as-tu rencontré la poésie ?
Ma première rencontre avec la poésie est une rencontre de lectrice. En classe de seconde, j’ai découvert Christian Bobin : une sorte de révélation. J’ai lu et j’ai été transportée par tant de simplicité et de lumière. J’ai apprivoisée l’écriture en postant des textes sur le forum « brouillon d’écriture », sur internet. Au début, j’écrivais des nouvelles et c’est un peu par hasard que j’ai écrit mes premiers poèmes. C’était une tentative qui n’a pas tout de suite porté ses fruits… mais je me suis accrochée parce que j’espérais avoir des retours positifs. C’était très important pour moi, de savoir que d’autres me lisaient. D’ailleurs, je pense pouvoir dire que les rencontres que j’ai faites grâce à la poésie ont vraiment été déterminantes dans mon parcours poétique. Parce que si rencontrer la poésie est une chose, rencontre des gens par la poésie en est une autre… à moins que ce ne soit là un énième poème…

Pour toi, qu’est-ce qu’un beau livre ?
Un beau livre, c’est un livre qu’on a envie d’ouvrir, de feuilleter, de toucher, de regarder… un livre qu’on a envie d’avoir à portée de main, dans sa bibliothèque ou sur sa table de nuit. C’est un livre qui nous charme non seulement par ses mots et ses images mais aussi par le simple fait qu’il constitue un bel objet. Un beau livre, c’est comme un bon gâteau. Il faut choisir des ingrédients qui vont bien ensemble, les mélanger avec art, laisser le temps à la pâte de reposer et le cuire juste assez pour que la croûte soit bien dorée. Un beau livre, c’est comme un gâteau, comme une belle symphonie, comme une belle histoire d’amour : c’est une question d’alchimie et de patience.

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Merci Flora pour ce partage !