Entretien avec Jérôme Gallet

Bonjour Jérôme,

Comment as-tu rencontré la peinture ?

J’ai reçu au départ un enseignement classique avec l’apprentissage du dessin comme base de mon travail, j’allais beaucoup au Louvre regarder, à travers les siècles, les grands peintres occidentaux, avec un goût peut-être plus prononcé pour une peinture intimiste. J’ai toujours trouvé plus touchant un autoportrait de Rembrandt ou une nature morte de Chardin qu’une œuvre monumentale de Rubens par exemple, même si je suis aussi intéressé par ce formidable savoir-faire.

Une formation classique donc, dirons-nous, ainsi qu’un enseignement basé sur l’observation. Une phrase de mon professeur qui m’a énormément marqué : « Quoi qu’il arrive, vous ne ferez jamais mieux que le réel » …

Qu’est-ce qui t’inspire artistiquement parlant ?

J’ai un goût prononcé pour les grands espaces, particulièrement la mer, mais aussi le ciel, que je ne peux voir habituellement qu’au-dessus des immeubles de mon quartier de Seine Saint-Denis. Ma peinture traduit cette quête d’espace, d’infini, au milieu de la réalité quotidienne. Je puise mon inspiration dans les lieux où je vis, où je passe…

Cette quête se traduit aussi par des portraits et scènes de la vie quotidienne. J’observe les personnes qui me sont proches, particulièrement mes filles et mon épouse. A les peindre en mouvement, j’éprouve le sentiment de l’inépuisable, d’une nouveauté qui se renouvelle constamment, saisissable uniquement par bribes. Je sens le besoin de poser cela sur la toile, à la recherche d’une sorte d’intemporalité, comme un souvenir de ce qu’elles ont été dans mon regard.

Comment travailles-tu ?

Le besoin de mémoire est dès le départ à l’origine de mon travail, m’étant mis à peindre de manière subite et irrépressible quelques jours après la perte de ma mère, lorsque j’avais 18 ans.

Cela commença par des portraits de personnes qui m’entouraient, puis mon travail traversa de nombreuses évolutions nécessaires, en restant toujours attaché à la représentation du réel observable, même s’il m’est arrivé de peindre de l’abstrait plus sporadiquement.

Suivirent de nombreuses années de formation, pendant lesquelles je peignais directement d’après la réalité, dans mon atelier, en installant des objets, d’après des modèles, ou encore en me déplaçant avec ma boîte de peinture devant les paysages que je recherchais de manière intuitive.

Je suis passé dans les années 2000 à une peinture d’après photo, qui m’a demandé une remise en question importante mais m’a permis de nouveaux sujets qu’il aurait été impossible de traiter à mon ancienne manière. Des scènes en mouvement, des instants fugitifs ou simplement des lieux où je n’aurais pu peindre directement.

Mon travail actuel a donc principalement lieu à l’atelier, j’y explore à partir d’un support photo les possibilités infinies de la peinture à l’huile, me détachant souvent du modèle pour laisser le médium me surprendre et révéler une réalité nouvelle, sorte de vision qui s’élabore dans un processus de création dont je n’ai qu’une petite idée au départ, ce qui explique que je ne parvienne pas à reproduire le même genre de tableau plusieurs fois…

Merci Jérôme !

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Entretien avec Flora Delalande

floradelalandeBonjour Flora,

Comment aimes-tu regarder le monde ?
Bonne question ! Avant, je ne regardais pas le monde : j’évoluais dedans sans vraiment avoir conscience qu’il existait. Je crois que c’est la poésie qui m’a appris à regarder avec un regard neuf. Christian Bobin dit que le bruit de la pluie sur une vitre n’est rien d’autre que celui des applaudissements des anges, là-haut, dans le ciel. J’aime ces petits riens qui peuvent devenir des merveilles par la simple imagination. Tout est une question d’orientation du regard. Et puis… même si on laisse de côté l’imagination… c’est tout de même incroyable le monde, non ? Comment un brin d’herbe pousse, comment tant de couleurs peuvent exister, comment les êtres vivants grandissent, meurent, se reproduisent… C’est à la fois tellement complexe et tellement simple !

Qu’est-ce qui fait écho en toi ?
Oooh… beaucoup de choses ! Des paysages, des ambiances, une phrase dans un livre, une musique, un regard, ce que je vis, les gens que je rencontre, ce qu’ils me disent… J’ai remarqué que mon écriture était très influencée par le contexte dans lequel je me trouvais. Quand je vivais à la campagne, ma poésie était très contemplative, solitaire et imprégnée par la nature. Vivre en ville m’a fait développer des thèmes urbains, m’adresser aux arbres comme à des compagnons perdus. J’ai l’impression que, plus le temps passe et plus ma sensibilité s’ouvre, plus l’écho résonne…

Comment as-tu rencontré la poésie ?
Ma première rencontre avec la poésie est une rencontre de lectrice. En classe de seconde, j’ai découvert Christian Bobin : une sorte de révélation. J’ai lu et j’ai été transportée par tant de simplicité et de lumière. J’ai apprivoisée l’écriture en postant des textes sur le forum « brouillon d’écriture », sur internet. Au début, j’écrivais des nouvelles et c’est un peu par hasard que j’ai écrit mes premiers poèmes. C’était une tentative qui n’a pas tout de suite porté ses fruits… mais je me suis accrochée parce que j’espérais avoir des retours positifs. C’était très important pour moi, de savoir que d’autres me lisaient. D’ailleurs, je pense pouvoir dire que les rencontres que j’ai faites grâce à la poésie ont vraiment été déterminantes dans mon parcours poétique. Parce que si rencontrer la poésie est une chose, rencontre des gens par la poésie en est une autre… à moins que ce ne soit là un énième poème…

Pour toi, qu’est-ce qu’un beau livre ?
Un beau livre, c’est un livre qu’on a envie d’ouvrir, de feuilleter, de toucher, de regarder… un livre qu’on a envie d’avoir à portée de main, dans sa bibliothèque ou sur sa table de nuit. C’est un livre qui nous charme non seulement par ses mots et ses images mais aussi par le simple fait qu’il constitue un bel objet. Un beau livre, c’est comme un bon gâteau. Il faut choisir des ingrédients qui vont bien ensemble, les mélanger avec art, laisser le temps à la pâte de reposer et le cuire juste assez pour que la croûte soit bien dorée. Un beau livre, c’est comme un gâteau, comme une belle symphonie, comme une belle histoire d’amour : c’est une question d’alchimie et de patience.

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Merci Flora pour ce partage !

Participez à notre aventure !

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Vous pouvez dès à présent aider les Éditions Paysages !

Nous lançons une campagne de financement participatif sur Ulule afin de nous permettre de financer les premiers ouvrages. Tous vos soutiens, petits ou grands, sont autant de briques irremplaçables pour monter ce projet qui nous tient à cœur.

www.fr.ulule.com/editions-paysages/

Merci de faire circuler l’information !
Un très grand merci à tous par avance.

Un seul texte par ouvrage, n’est-ce pas un peu fou ?

Sans doute, mais que nous resterait-il sans quelques brins de fantaisie ? En soi, ça ne l’est pas complètement. Plusieurs maisons d’éditions reconnues de poésie proposent ce type de publication sous différentes formes.

Un roman raconte une histoire qui se suffit à elle-même. Un poème propose un voyage, certes beaucoup plus bref par sa forme, mais qui a tout autant à dire, et qui peut à ce titre nécessiter une publication en solo pour s’épanouir pleinement et nous offrir tout ce qu’il a à donner.

Aujourd’hui, nous sommes éduqués à la profusion, mais nous pensons que l’abondance se trouve aussi dans le « peu », dans ce qui n’a pas besoin d’excuses pour vivre par soi-même.