Entretien avec Flora Delalande

floradelalandeBonjour Flora,

Comment aimes-tu regarder le monde ?
Bonne question ! Avant, je ne regardais pas le monde : j’évoluais dedans sans vraiment avoir conscience qu’il existait. Je crois que c’est la poésie qui m’a appris à regarder avec un regard neuf. Christian Bobin dit que le bruit de la pluie sur une vitre n’est rien d’autre que celui des applaudissements des anges, là-haut, dans le ciel. J’aime ces petits riens qui peuvent devenir des merveilles par la simple imagination. Tout est une question d’orientation du regard. Et puis… même si on laisse de côté l’imagination… c’est tout de même incroyable le monde, non ? Comment un brin d’herbe pousse, comment tant de couleurs peuvent exister, comment les êtres vivants grandissent, meurent, se reproduisent… C’est à la fois tellement complexe et tellement simple !

Qu’est-ce qui fait écho en toi ?
Oooh… beaucoup de choses ! Des paysages, des ambiances, une phrase dans un livre, une musique, un regard, ce que je vis, les gens que je rencontre, ce qu’ils me disent… J’ai remarqué que mon écriture était très influencée par le contexte dans lequel je me trouvais. Quand je vivais à la campagne, ma poésie était très contemplative, solitaire et imprégnée par la nature. Vivre en ville m’a fait développer des thèmes urbains, m’adresser aux arbres comme à des compagnons perdus. J’ai l’impression que, plus le temps passe et plus ma sensibilité s’ouvre, plus l’écho résonne…

Comment as-tu rencontré la poésie ?
Ma première rencontre avec la poésie est une rencontre de lectrice. En classe de seconde, j’ai découvert Christian Bobin : une sorte de révélation. J’ai lu et j’ai été transportée par tant de simplicité et de lumière. J’ai apprivoisée l’écriture en postant des textes sur le forum « brouillon d’écriture », sur internet. Au début, j’écrivais des nouvelles et c’est un peu par hasard que j’ai écrit mes premiers poèmes. C’était une tentative qui n’a pas tout de suite porté ses fruits… mais je me suis accrochée parce que j’espérais avoir des retours positifs. C’était très important pour moi, de savoir que d’autres me lisaient. D’ailleurs, je pense pouvoir dire que les rencontres que j’ai faites grâce à la poésie ont vraiment été déterminantes dans mon parcours poétique. Parce que si rencontrer la poésie est une chose, rencontre des gens par la poésie en est une autre… à moins que ce ne soit là un énième poème…

Pour toi, qu’est-ce qu’un beau livre ?
Un beau livre, c’est un livre qu’on a envie d’ouvrir, de feuilleter, de toucher, de regarder… un livre qu’on a envie d’avoir à portée de main, dans sa bibliothèque ou sur sa table de nuit. C’est un livre qui nous charme non seulement par ses mots et ses images mais aussi par le simple fait qu’il constitue un bel objet. Un beau livre, c’est comme un bon gâteau. Il faut choisir des ingrédients qui vont bien ensemble, les mélanger avec art, laisser le temps à la pâte de reposer et le cuire juste assez pour que la croûte soit bien dorée. Un beau livre, c’est comme un gâteau, comme une belle symphonie, comme une belle histoire d’amour : c’est une question d’alchimie et de patience.

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Merci Flora pour ce partage !

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